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Écolo-gite

Empreinte carbone du tourisme en France : les chiffres de l'Insee et de l'ADEME

Mise à jour :

Empreinte carbone du tourisme en France : les chiffres de l'Insee et de l'ADEME

L'empreinte carbone du tourisme en France atteint 75 millions de tonnes équivalent CO2 en 2023 selon l'Insee et le SDES : le transport des touristes pèse 65 % de ces émissions de gaz à effet de serre, et chaque euro de consommation touristique des résidents et des visiteurs émet 75 % de carbone de plus que la moyenne de l'économie, selon le compte satellite du tourisme.

Trois repères de la statistique publique

  • 75 Mt CO2e d'empreinte carbone touristique en 2023, en hausse de 3 % sur 2022 mais 17 % sous le niveau de 2019.
  • Le transport aérien seul produit 18,8 Mt CO2e, environ un quart du total, pour 9 % des dépenses des touristes.
  • Les résidents français portent 66 % de l'empreinte, les visiteurs venus de l'étranger 34 %.

Comment l'Insee mesure l'empreinte carbone du tourisme en France

L'empreinte carbone du tourisme, dans la statistique publique, désigne l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre liées à ce que les touristes achètent : billets de transport, carburant, nuits d'hébergement, repas, loisirs et souvenirs. L'Insee Première n° 2099, paru le 29 avril 2026 et signé par David Levy (Insee) et Manuel Baude (Service des données et études statistiques du ministère de la Transition écologique), en livre la première estimation complète pour 2023.

La méthode part du compte satellite du tourisme, l'outil comptable qui isole dans les comptes nationaux la consommation touristique, c'est-à-dire les dépenses des visiteurs résidents et non-résidents. À chaque poste de dépense, les statisticiens associent un contenu carbone calculé sur tout le cycle de vie : extraction, fabrication, acheminement et combustion. Le compte satellite, tenu chaque année par la statistique publique, fournit ainsi la base d'une estimation économique cohérente avec l'empreinte carbone de la France publiée chaque saison par le SDES.

Trois paramètres méritent d'être gardés en tête pour lire ces chiffres :

  • le champ couvre les touristes français et étrangers, y compris la part de leurs déplacements émise hors du territoire ;
  • les gaz pris en compte sont le dioxyde de carbone, le méthane et le protoxyde d'azote, exprimés en tonnes équivalent CO2 ;
  • la méthode 2019-2023, publiée en annexe, permet de comparer plusieurs exercices successifs sans rupture de série.

L'Insee précise que ce total ne se compare pas directement aux 583 Mt CO2e de l'empreinte carbone de la France : les deux périmètres diffèrent, notamment parce que les visiteurs étrangers entrent dans le champ touristique et pas dans l'empreinte des ménages résidents.

75 Mt CO2e en 2023 : les chiffres clés du secteur touristique

Le secteur touristique français a généré 74,5 Mt CO2e en 2023, arrondis à 75 dans le texte de l'Insee. Ce niveau progresse de 3 % par rapport à 2022 (72,4 Mt) mais reste 17 % sous celui de 2019 (89,8 Mt), dernier exercice avant la crise sanitaire. Le recul tient surtout à des voyages aériens long-courriers moins nombreux et à une consommation de carburant qui n'a pas retrouvé son niveau d'avant 2020.

L'indicateur le plus parlant reste l'intensité carbone : 0,35 kg CO2e par euro de consommation touristique, contre 0,20 kg pour l'ensemble de la demande finale française. Un euro dépensé en voyage émet donc 75 % de carbone de plus qu'un euro dépensé ailleurs. La raison est connue : les dépenses des touristes se concentrent sur le transport et l'énergie fossile, des activités bien plus émettrices que les services ou l'alimentation du quotidien.

Décomposition de l'empreinte carbone touristique en 2023 (Insee, figure 1)
Poste de consommationÉmissions (Mt CO2e)Part du total
Transports48,464,9 %
Hébergement11,715,7 %
Alimentation (restauration et denrées)7,910,6 %
Autres biens et services6,58,8 %
Total74,5100 %

La publication est consultable sur le site de l'Insee, avec ses figures détaillées et la note de méthode.

Le transport, premier poste d'émissions du tourisme

Le transport des touristes représente 48,4 Mt CO2e, soit près des deux tiers de l'empreinte carbone du tourisme en France. Ce poste réunit le trajet aller-retour vers la destination et les déplacements sur place : voiture, avion, train, autocar, ferry ou location de véhicule.

Le transport aérien, un quart de l'impact pour 9 % des dépenses

Le transport aérien émet à lui seul 18,8 Mt CO2e, environ un quart de l'empreinte totale, alors qu'il ne pèse que 9 % de la consommation touristique. L'Insee chiffre l'intensité de ce mode à 1 kg CO2e par euro dépensé, près de trois fois la moyenne du tourisme. Les dépenses des voyageurs auprès des compagnies aériennes françaises atteignent 18,9 milliards d'euros. Pour donner un ordre de grandeur individuel, Nos Gestes Climat, le simulateur public de l'ADEME, évalue un aller-retour Paris-New York à 1,8 tonne CO2e par passager.

Le carburant de la voiture, 30 % de l'empreinte

Les carburants pèsent 30 % de l'empreinte carbone touristique : 7 % pour leur fabrication et leur raffinage, 23 % pour leur combustion dans les moteurs, soit 17,4 Mt CO2e. Les touristes ont acheté pour 13,6 milliards d'euros de carburant en 2023. La voiture reste le mode de déplacement dominant des vacances en France, avec en moyenne 2,25 personnes à bord sur les longs trajets selon le ministère de la Transition écologique.

Ce poids du transport explique pourquoi la distance parcourue compte davantage que le type de logement : rejoindre en train un gîte situé à quelques heures de chez soi divise l'impact d'un séjour bien plus sûrement que le choix d'un hébergement labellisé au bout d'un vol long-courrier.

Résidents et visiteurs étrangers : qui porte l'empreinte ?

Les principaux contributeurs sont les résidents : les touristes résidents en France portent 66 % de l'empreinte carbone du tourisme (49,0 Mt CO2e), les non-résidents 34 % (25,5 Mt). Le rapport s'inverse côté dépenses : les visiteurs étrangers réalisent 43 % de la consommation touristique, mais leur part dans les émissions comptées reste plus faible, car le trajet international des non-résidents effectué avec des compagnies étrangères sort en partie du champ. Un résident qui part en vacances à l'étranger reste compté dans l'empreinte du tourisme des résidents, alors qu'un non-résident en séjour en France n'y entre que par ses dépenses sur place et ses trajets réalisés avec un opérateur français. Cette convention du compte satellite explique l'essentiel de l'écart entre part des dépenses et part de l'estimation carbone.

La géographie des émissions apporte un second éclairage : 58 % de l'empreinte est émise sur le sol français, 42 % à l'étranger. Cette part étrangère correspond aux biens importés (carburant raffiné hors de France, équipements, produits alimentaires) et aux vols des résidents partis en vacances hors des frontières. Une politique climatique limitée aux émissions territoriales du secteur ne couvre donc qu'un peu plus de la moitié du problème.

Pour les acteurs locaux, ces proportions changent la manière d'agir. Un office de tourisme qui attire une clientèle de proximité, venue en train ou en voiture partagée, réduit davantage l'empreinte de sa destination qu'un territoire qui mise sur une clientèle lointaine, même logée dans des écolodges construits en matériaux biosourcés.

Que dit l'ADEME du bilan des émissions du tourisme ?

L'ADEME, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, avait publié avant l'Insee un bilan des émissions de gaz à effet de serre du secteur du tourisme, relayé dans un communiqué de presse à l'occasion de la Journée mondiale du tourisme. Ce bilan chiffre les émissions touristiques à 97 millions de tonnes de CO2e, l'équivalent des émissions de 10 millions de Français, et attribue 69 % du total au transport.

L'écart entre les 97 Mt de l'ADEME et les 75 Mt de l'Insee ne traduit pas une baisse de même ampleur : les deux études ne retiennent ni le même périmètre, ni la même méthode, ni les mêmes données de référence. L'étude de l'ADEME suit une logique de bilan carbone sectoriel, celle de l'Insee une logique d'empreinte de la consommation touristique adossée au compte satellite. Les deux convergent sur l'essentiel : le transport domine, l'aérien pèse lourd et l'hébergement arrive loin derrière.

À l'échelle régionale, le Comité régional du tourisme de Nouvelle-Aquitaine a présenté en avril 2023, avec le soutien de l'ADEME, un calcul réalisé par les cabinets BVA et ECO2 Initiative : près de 8,9 millions de tonnes de CO2e par an pour les séjours dans la région, dont 56 % liées au transport et 45 % au seul aller-retour entre le domicile et la destination.

Comment le tourisme contribue-t-il au changement climatique dans le monde ?

Le tourisme mondial représentait 8,8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre en 2019, soit 5,2 milliards de tonnes équivalent CO2, selon une étude parue dans la revue Nature Climate Change et relayée en janvier 2025 par le portail français de l'Agenda 2030. Ces émissions ont progressé de 3,5 % par an entre 2009 et 2019, plus du double de la croissance de l'économie mondiale (1,5 %).

Les émissions directes du secteur atteignent 1,8 milliard de tonnes, dont 52 % pour l'aviation et 18 % pour le transport routier. Trois pays, les États-Unis, la Chine et l'Inde, concentrent 40 % du total. Pour rester compatible avec l'accord de Paris, les auteurs estiment que le tourisme devrait réduire ses émissions de plus de 10 % d'ici 2050 et désignent l'aviation long-courrier comme le principal obstacle. L'Organisation mondiale du tourisme, de son côté, encourage la mesure et la publication des émissions par les destinations, préalable à tout plan de réduction.

Comparer l'empreinte d'un voyage : transport et hébergement

Mesurer l'empreinte carbone d'un voyage revient à additionner trois blocs : le trajet aller-retour, les déplacements sur place et les nuits d'hébergement, puis les repas et activités. Le simulateur Nos Gestes Climat de l'ADEME propose ce calcul, et plusieurs régions mettent à disposition des professionnels un calculateur dédié. Pour l'hébergement, Nos Gestes Climat publie des ordres de grandeur par nuit qui montrent l'écart entre formules.

Émissions moyennes par nuit selon le type d'hébergement (Nos Gestes Climat, ADEME)
Type d'hébergementkg CO2e par nuit
Camping1,4
Échange de maison3,5
Location saisonnière5,2
Hôtel5,3
Résidence secondaire7

Prenons un exemple chiffré avec ces seules valeurs : une semaine de sept nuits à l'hôtel représente environ 37 kg CO2e d'hébergement, la même semaine en camping environ 10 kg. L'écart, réel, reste modeste face aux 1,8 tonne d'un aller-retour Paris-New York : le mode de transport décide de l'essentiel du bilan d'un séjour.

Réduire l'empreinte carbone du tourisme : les leviers qui pèsent

Réduire l'empreinte carbone du tourisme passe d'abord par la distance et le mode de transport, puisque ce poste concentre près des deux tiers des émissions. Les leviers se classent par ordre d'efficacité :

  1. Choisir une destination proche et la rejoindre en train, y compris en train de nuit, plutôt qu'en avion ; le Sud-Ouest, les Alpes ou la Bretagne restent accessibles sans vol depuis la plupart des grandes villes.
  2. Remplir la voiture quand elle reste nécessaire, par le covoiturage ou des vacances en famille élargie, et limiter les déplacements motorisés une fois sur place.
  3. Allonger les séjours plutôt que multiplier les courts week-ends lointains : l'impact du trajet se répartit sur davantage de nuits.
  4. Privilégier un hébergement sobre en énergie, du camping à la yourte ou à la cabane perchée, ou un gîte chauffé par une source renouvelable.
  5. Consommer local sur place : marchés, circuits courts, restauration de saison.

La compensation carbone, proposée par certaines compagnies et agences, ne réduit pas les émissions du trajet : elle finance des projets ailleurs, dont l'effet dépend de leur sérieux. L'ADEME rappelle dans ses guides que la priorité reste d'éviter puis de réduire avant toute compensation. Côté professionnels, le plan Destination France et les démarches de tourisme durable soutenues par les régions poussent à mesurer les émissions des sites touristiques puis à engager des actions de transition écologique : mobilité douce depuis les gares, rénovation énergétique des hébergements, offre de restauration locale.

Pour qui cherche un séjour bas carbone sans renoncer au confort, les hébergements de l'écotourisme en France combinent souvent accès en train, énergie renouvelable et restauration de produits locaux.

Tourisme bas carbone : réponses aux questions sur les chiffres

Quelle est l'empreinte carbone du tourisme en 2023 ?

L'empreinte carbone de la consommation touristique en France s'élève à 75 Mt CO2e en 2023 (74,5 Mt dans le détail des figures), d'après l'Insee et le SDES. Elle progresse de 3 % sur un an et reste 17 % inférieure au niveau de 2019.

Quels sont les gaz à effet de serre du tourisme ?

Les gaz à effet de serre du tourisme sont principalement le dioxyde de carbone issu de la combustion du kérosène et du carburant automobile, auquel s'ajoutent le méthane et le protoxyde d'azote, liés notamment à l'alimentation. L'Insee les additionne en tonnes équivalent CO2 selon leur pouvoir de réchauffement.

Quels sont les modes de transport les plus polluants ?

L'avion est le mode de transport le plus émetteur du tourisme : 1 kg CO2e par euro dépensé selon l'Insee et un quart de l'empreinte touristique totale. La voiture vient ensuite par le poids de son carburant (30 % de l'empreinte), tandis que le train figure parmi les modes les moins émetteurs.

Les chiffres officiels détaillés, dont la publication du service statistique du ministère de la Transition écologique, restent la référence pour suivre l'évolution du secteur d'un exercice à l'autre.

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